CHAPITRE V

A présent, il avait un nom.

Il avait fallu du temps et de fréquentes incursions dans leurs pensées avant qu’il comprenne le concept de « nom ». Des sons qui n’appartenaient qu’à un seul être. Chacun d’eux avait un nom. Quand il eut saisi ça, il devint vital pour lui d’en avoir un aussi.

Il était plus puissant et plus important qu’aucun d’eux. Il n’était pas juste qu’ils aient des noms et lui pas.

Alors, ils l’appelaient Nyax, Lord Nyax. Nyax était un nom que personne d’autre ne pouvait porter. Lord était un additif qui le rendait plus grand et meilleur. Cela signifiait qu’il était plus important que tout.

Satisfait par la reconnaissance de son statut, il sourit aux travailleurs qui grouillaient partout sur la grande machine.

Ils la réparaient. Ils enlevaient les décombres qui jonchaient le sol alentour. Bientôt, elle marcherait. Bientôt, elle ferait s’écrouler le mur noir qu’il haïssait.

Alors, Lord Nyax, posséderait ce qu’il désirait – c’est-à-dire tout. Tous les êtres obéiraient à ses ordres. Sauf peut-être ceux que ses sens ne parvenaient pas à détecter. Ceux-là avaient une résistance étonnante à la douleur.

Il les tuerait un par un.

Coruscant

— Tu as trouvé un réservoir de boue, dit Mara.

Après avoir traversé plusieurs niveaux d’installations en ruine, les compagnons avaient atteint une passerelle métallique d’où ils contemplaient une grande salle en contrebas, éclairée faiblement par leurs lampes-torches.

Il n’y avait pas grand-chose à éclairer : l’espace était dominé par un réservoir métallique brillant, long et large de plusieurs dizaines de mètres, haut seulement d’un mètre et demi, et rempli presque à ras bord d’une masse rougeâtre.

Seuls les scientifiques y trouvaient un intérêt. Les autres cherchaient des endroits pour s’asseoir et se reposer pendant que Baljos et Danni analysaient l’environnement avec leurs instruments.

— C’est vivant, dit Danni. Une grande quantité de formes de vie unicellulaires.

— L’atmosphère de cette salle a une teneur exceptionnellement élevée en oxygène. Et inhabituellement faible en dioxyde de carbone et en toxines de transformation.

Baljos poussa son casque en arrière et retira les morceaux de chiffons parfumés de son nez. Il prit quelques inspirations profondes, puis sourit béatement.

— De l’air pur. Je croyais ne plus jamais vivre ça !

Les autres l’imitèrent. Dès qu’il eut respiré sans l’odeur de décomposition omniprésente, l’humeur de Luke s’améliora de plusieurs crans.

Il félicita Tahiri d’avoir découvert une ressource aussi utile. Mais la jeune fille n’était pas contente en rejoignant le groupe, et elle ne l’était toujours pas. Elle regardait la gadoue rouge avec suspicion – appréhension même.

Luke lança ses perceptions de Jedi à la rencontre de la forme de vie présente dans le réservoir, qu’il capta tout de suite. Très simple, sans véritable conscience, elle était en bonne santé.

Peut-être avait-elle un peu faim…

Mais au-delà, physiquement au-dessous, il sentit autre chose – un tiraillement d’énergie du Côte Obscur. Non, ce n’était pas un tiraillement, car l’écho était constant, sans être fort.

— As-tu trouvé la sortie de cette salle ? demanda Luke.

— Non, répondit Tahiri. J’ai cherché pendant une heure, mais je n’ai pas trouvé d’accès.

— Quel accès ? demanda Danni.

Une échelle métallique leur permit de descendre aisément au niveau du plancher. Vu de plus près, le réservoir n’était plus aussi impressionnant : une banale cuve rectangulaire avec un contenu dégoûtant.

— Je crois qu’il s’agit d’un bassin dévoreur, déclara Luke.

— Hum, fit Mara en hochant la tête. C’est une déduction basée sur ton grand savoir en matière d’usines et d’ingénierie citadine.

— Elle est basée sur des explications que Wedge m’a données dans le temps, répliqua le Jedi avec un regard sévère pour sa femme. Il y a quelques années, il voulait abandonner sa carrière d’officier d’active et se consacrer à la construction ou à la réparation, au lieu de toujours combattre et détruire. Il avait pris la tête d’une équipe du génie qui démolissait des structures croulantes, sur Coruscant, histoire de pouvoir les remplacer par des bâtiments neufs qui s’écrouleraient plus tard. Et il m’a décrit une espèce de lagune large et peu profonde, remplie d’une substance vivante.

— Oui, je me souviens, dit Face. Tu en as parlé la première fois qu’on s’est rencontrés.

— Il y a des années, précisa Luke.

— Oui.

— Et tu ne peux toujours pas me dire quand ?

— Non. Top secret. Même si tu te rappelais à quoi je ressemblais à l’époque, et qui j’étais, je ne pourrais pas l’admettre…

Le Maître Jedi soupira.

— Et il est destiné à quoi, ce réservoir ? demanda Danni.

— C’est une des manières possibles de traiter les déchets…

Luke passa une main un ou deux centimètres au-dessus de la surface rougeâtre. Eclairée par la lampe-torche de Mara, il vit la masse se soulever légèrement vers sa paume.

— Toute matière organique jetée dans cette boue est consommée. A intervalles réguliers, on vide le bassin et on racle les résidus accumulés au fond.

— Voilà l’équipement de pompage.

A quelques mètres du réservoir, Tahiri examinait une console murale installée à côté d’une tuyauterie qui sortait du bassin et traversait la paroi. Elle défit la plaque frontale et regarda l’intérieur.

— Pourquoi les Yuuzhan Vong n’ont-ils pas démoli le réservoir ? Tout a été cassé ici. Et nous savons qu’ils sont venus…

— Parce qu’il s’agit d’un dispositif organique, pas technologique, supposa Luke.

Il regarda la masse rouge monter lentement. Dès qu’il retira sa main, elle redescendit.

— Intéressant, commenta-t-il. La matière est capable de détecter la nourriture et d’agir pour l’atteindre.

— Intéressant n’est pas un adjectif que j’utiliserais ici, dit Face. Baljos, peux-tu régler tes instruments de manière à ce qu’ils détectent des femmes belles et intelligentes, sans attaches, entre vingt et quarante ans ?

— Si j’étais capable de ça, crois-tu que je travaillerais dans la recherche ?

— C’est un argument…

Tahiri avait disparu jusqu’à la taille dans l’orifice dégagé par la plaque de protection. Soudain, elle en ressortit, l’air étonné.

— C’est un leurre.

— Quoi ? demanda Luke.

— Cette console… L’équipement informatique semble authentique, mais il n’y a aucune connexion avec une pompe.

Mara et Luke approchèrent. Luke se pencha pour bien voir l’enchevêtrement de conducteurs et de composants, à l’intérieur du mur. Les Yuuzhan Vong ne semblaient pas y avoir touché. On suivait facilement le câblage qui partait des commandes de pompage et se terminait à un mètre environ, dans un petit coffret métallique, au lieu de descendre vers l’endroit où les pompes devaient être installées.

— C’est étrange. Bhindi, les ordinateurs, c’est ton domaine. Veux-tu venir regarder et nous dire ce que tu en penses.

— Bien sûr.

Face soupira :

— Puisque nous devrons rester ici un moment… Kell, repère toutes les sorties de cette salle. Puis, nous mettrons en place une surveillance en fonction des approches probables de Yuuzhan Vong.

— T’entendre c’est t’obéir, grand seigneur.

— Essayer de m’avoir par la flatterie ne te dispensera pas de tours de garde. Enfin, pas cette fois-ci, en tout cas…

Luke retourna près du réservoir. Quelle utilité pouvait-il avoir, sans connexion avec un équipement de pompage ? Avec le temps, même s’il fallait des années, le bac se remplirait de résidus, et il ne resterait plus de place pour l’organisme rouge. Peut-être serait-il alors empoisonné…

Le Jedi s’ouvrit à la Force et sentit immédiatement l’existence de la matière du réservoir, ses dimensions, les lignes droites sur la largeur, la longueur et la profondeur – vers le centre, cette profondeur diminuait abruptement, comme s’il y avait une sorte de saillie sous la surface.

— Je dois y entrer !

— Un plongeon rapide et douloureux, ironisa Mara.

— Possible…

La chose était vivante, éveillée et présente dans la Force. Alors, peut-être…

Luke en approcha de nouveau la main, tentant de lui communiquer une pensée essentielle : Je ne suis pas de la nourriture. Je ne suis pas de la nourriture.

Concentré, il toucha la surface de la matière boueuse, prêt à retirer sa main en un éclair. L’organisme était calme. Le Jedi n’éprouva aucune sensation de brûlure.

Quand il ressortit sa main, elle était indemne, propre et sans la moindre trace de rouge.

Il enleva sa fausse armure de crabe vonduun.

— J’ai besoin d’un masque respiratoire.

Face fouilla dans son paquetage pour en extraire un objet brillant pas plus grand que le poing de Tahiri.

— Mon équipement de secours. C’est une capuche en transpacier munie d’une réserve d’oxygène. Elle te permettra de survivre environ cinq minutes.

— Parfait.

— Luke, je ne voudrais en aucun cas doucher ton enthousiasme d’explorateur. Mais je dois te rappeler un détail : si quelque chose tourne mal, ce sera une façon extraordinairement embarrassante de mourir.

Luke lui sourit.

— Je compte sur toi pour améliorer le récit, Mara.

Luke Skywalker a péri dans un combat glorieux contre un monstre dévoreur rouge sang.

Ayant confié son sabre laser à son épouse et coiffé la capuche respiratoire, Luke regarda le bassin. Je ne suis pas de la nourriture. Je ne suis pas de la nourriture. Il enjamba le rebord et s’immergea dans la boue qui lui entoura les jambes, puis lui arriva à la taille.

Aucune douleur. Il avança. La masse, chaude et lourde, le ralentissait nettement – un peu comme les marais qu’il avait dû traverser sur Dagobah, tant d’années plus tôt.

Grâce à la Force, le Jedi connaissait parfaitement l’endroit où la couche de boue rouge s’amincissait. Quand il y fut arrivé, il ouvrit la réserve d’oxygène et plongea, non sans avoir fait un signe de la main à sa femme et à Tahiri.

Une obscurité totale l’enveloppa. Mieux vaut ne pas être claustrophobe, songea-t-il. Je ne suis pas de la nourriture. Je ne suis pas de la nourriture.

Tâtonnant, il finit par rencontrer un objet rond… Une roue métallique de construction robuste fixée sur un moyeu… Un équipement présent sur de nombreux vaisseaux de guerre pour fermer les écoutilles.

La roue ne bougeait que dans un seul sens. Luke la tourna d’un quart de tour… Immédiatement, il sentit sous ses mains une vibration qui se répercuta dans le bassin. Il se releva, et la boue rouge glissa sur lui sans laisser de trace.

La salle était en train de changer.

Devant le réservoir, une masse sombre montait du plancher : un socle de trois mètres sur trois mètres, revêtu d’une plaque métallique épaisse. Dessous, il était en brique…

Il monta encore pendant que Luke refaisait le chemin à l’envers.

Sous la construction en brique apparurent un équipement mécanique, puis trois mètres de structure métallique.

Finalement, le dispositif s’immobilisa.

Mara et les autres, à bonne distance, pointaient leurs blasters sur l’objet.

— Qu’as-tu fait ?

— J’ai tourné un volant, répondit Luke en retirant son masque respiratoire. Il reste encore quelque part une alimentation en énergie.

Il vit Face le regarder en ricanant.

Tahiri aperçut le Maître Jedi à la lueur des lampes-torches, rougit et se détourna, les yeux sur l’engin venu de nulle part.

Mara se retint d’éclater de rire.

— Luke, avant de quitter le bassin et de nous rejoindre, tu voudras sans doute t’assurer, par égard pour ceux qui ne sont pas mariés avec toi, que tu es présentable.

Luke s’examina. Il était torse nu. Passant la main dans la boue, il sentit que les composants immergés de ses vêtements avaient également disparu.

— J’aurais sans doute dû préciser que mes habits n’étaient pas de la nourriture, non plus.

— Tu aurais dû…

— Peux-tu me passer mon paquetage ?

 

Le socle était un ascenseur. Rhabillé – un body noir, plus visible sous l’armure en crabe vonduun –, Luke s’en approcha, et les portes s’ouvrirent sans problème, dévoilant un intérieur vivement éclairé.

Le panneau de commande ne comportait que trois indications : maintenance, logements, recherches.

— Recherches, fit Danni sans hésiter.

— Je savais que tu dirais ça ! lança Luke.

— Nous le savions tous, dit Bhindi. Mais je n’y vois pas d’objection.

Face parla dans son comlink :

— Kell, Elassar ?

— Nous vous entendons, répondit la voix de Kell.

— Nous serons peut-être partis un petit moment. Ne soyez pas surpris ni inquiets.

— A condition que Tata Tahiri revienne à temps pour me raconter mon histoire de bonne nuit, faites ce que vous voulez…

— Il commence à me prendre la tête, grogna la jeune fille. Ne sait-il pas que c’est dangereux ?

— Bien sûr, qu’il le sait, répliqua Baljos. Mais il est expert en déflagrations. Il adore jouer avec les machins qui lui explosent à la figure.

Ils entrèrent dans l’ascenseur. Les portes coulissèrent. Luke appuya sur la touche recherches.

L’engin ne se mit pas en mouvement tout de suite. Une voix de droïd – une antique simulation électronique – sortit d’un haut-parleur placé au-dessus de leurs têtes :

— Indiquez vos noms et le code d’accès Bluenek. Vous avez dix secondes pour le faire… sinon, vous mourrez.

Vannix, système de Vankalay

— Les quatre jours à venir, nous pourrions nous fendre d’une vingtaine d’apparitions en public, dit Leia.

Elle murmurait, sa voix presque couverte par celle « de l’autre Leia », émise par R2-D2 qui repassait l’enregistrement d’une dispute que les époux avaient eue quelque temps plus tôt au sujet des sénateurs de Corellia.

— Je ne sais pas où en est le mouvement anti-Jedi sur Vannix. S’il existe des préjugés significatifs, il ne faudra pas me mettre en avant, et nous focaliser sur toi. La promotion de Yan Solo, le héros.

Leia était assise au bout d’un canapé confortable. Allongé la tête sur les genoux de son épouse, Yan observait sans grand intérêt les motifs floraux compliqués qui ornaient le plafond de leur chambre.

— Ça sent le travail intense, dit-il.

— La politique est du travail intense, Yan. Ne l’as-tu pas appris depuis que tu es marié avec moi ?

— Oh que si ! C’est pour ça que je ne veux toujours pas en faire. Sans oublier que, malgré tout notre boulot, la mauvaise candidate pourrait gagner.

— C’est vrai.

— Dans ce cas, les Yuuzhan Vong auront un nouvel allié, et nous n’aurons pas nos sous-marins. Et j’ai déjà frété le transporteur pour les emporter. Donc, j’aurais l’air d’un imbécile.

— C’est vrai aussi. Alors ?

— Il y a deux raisons de jouer au sabacc, Leia : pour le plaisir ou pour le gain. Si ton but principal est de t’amuser, perdre un peu de fric n’est pas grave. Si tu veux te faire de l’argent, et que tu y parviens, ne pas prendre de plaisir n’est pas un grand problème.

Méfiante, Leia regarda son époux dans les yeux.

— Je m’inquiète dès que des propos qui ressemblent de près ou de loin à de la philosophie sortent de ta bouche. Où veux-tu en venir ?

Yan se fendit de son sourire « Fais-moi confiance ».

— Au fait que tu parles de jouer selon les règles. Mais il est beaucoup mieux, dans les circonstances présentes, de truquer les cartes. C’est plus rapide et plus sûr.

Coruscant

Luke activa son sabre laser et se protégea la tête avec la lame pour dévier les rayons de blaster qui pourraient s’abattre sur eux. Mais il était impossible de savoir quel piège cachait cet ascenseur – des tirs, du gaz toxique, des lames ou de l’acide, des attaques venant d’en haut ou d’en bas…

— Mara, découpe la porte !

L’épouse du Jedi avait l’air troublé. Ses yeux, dans le vague, ne fixèrent pas la porte devant eux.

— Il vous reste cinq secondes, annonça obligeamment la voix du droïd.

— Tahiri, souffla Luke, la porte !

La jeune fille alluma son sabre laser et plongea la pointe dans le métal. Rougissant, il commença à fondre. De toute évidence, cinq secondes ne suffiraient pas pour obtenir une ouverture assez grande.

— Autorisation : Bluenek deux sept ithorre quatre neuf nabou, dit Mara.

— Code accepté. Bienvenue, Mara Jade.

L’ascenseur démarra. Déséquilibrée, Tahiri ne contrôla plus sa lame, qui oscillait vers Bhindi. Luke dévia le coup, et Tahiri désactiva son arme sur-le-champ.

— Désolée, s’excusa-t-elle.

— Ce n’est pas grave, la rassura Luke en éteignant son propre sabre.

Se tournant vers Mara, il demanda :

— Tu connaissais le code ?

L’ascenseur s’arrêta et s’ouvrit sur un vestibule éclairé par la lumière qui filtrait des portes aménagées des deux côtés. Le sol était jonché de débris, de chaises renversées, de gravats tombés du plafond et de fragments de droïds.

La température de l’air était agréable, mais l’odeur de pourriture franchissait la barrière du morceau de tissu parfumé que Luke avait remis dans son nez. Pour la première fois depuis des jours, ses oreilles purent se délecter du bourdonnement de la climatisation et des autres équipements : les sons de la civilisation.

En revanche, aucune voix ne retentit. Aucun bruit distant ne laissait supposer que des gens écoutaient des émissions ou des enregistrements.

Tahiri examina des traces noires, sur le mur.

— Des coups de sabres lasers. On dirait que certains des droïds en ont reçu aussi.

Elle parla à mi-voix. Des murmures semblaient mieux adaptés à la scène.

Luke se tourna vers son épouse.

— Mara ?

— Non, dit-elle, ayant repris ses esprits, je ne connaissais pas le code. Mais il y avait une chance… Quand je travaillais pour l’Empereur, j’utilisais différents codes d’accès à des comptes secrets et à des caches d’armes. Je connaissais aussi un code de la section Bluenek dont je ne me suis jamais servi. C’était il y a longtemps. J’ai failli ne pas m’en souvenir.

D’une pile de déchets, Baljos avait extrait des membres, de forme humanoïde, que Luke prit pour des composants de droïds avant de regarder de plus près.

— Une victime, dit Baljos d’une voix étranglée. Une humaine d’âge moyen, découpée en huit morceaux. Au sabre laser, je crois…

Il se détourna de la dépouille.

Danni brandissait déjà un de ces instruments…

— Il y a beaucoup d’ondes électromagnétiques, provenant d’équipements activés… Ces perturbations masquent toute énergie biologique éventuelle.

Luke ferma les yeux pour mieux se concentrer sur ses perceptions dans la Force.

Il ne détecta aucun signe d’organismes vivants. Impossible.

Dès qu’il chercha par la Force, il rencontra l’écho obscur qu’il avait déjà senti dans la grande salle. Il était plus proche ici, comme un cortex de colère et d’intentions violentes qui menaçaient de rendre Luke malade.

Ouvrant les yeux, il secoua la tête en direction des autres Jedi.

— Nous devrons chercher de la manière difficile.

 

Ils avaient découvert un grand complexe scientifique, installé à cet étage et exploité… des décennies plus tôt. Des systèmes informatiques datant de l’époque de la naissance de Luke gisaient sous d’épaisses couches de poussière. Danni identifia un des laboratoires : il se consacrait jadis à l’analyse cellulaire.

L’installation la plus curieuse ? Une pièce qui ne contenait qu’un long coffre muni d’un couvercle.

— Une unité de sommeil à fermeture hermétique, suggéra Bhindi.

— Un équipement d’hibernation de l’ère impériale, rectifia Baljos. Modifié à une date ultérieure pour recevoir un être de trois mètres de long, non humain.

Luke ne partageait pas cet avis. De cette pièce – mais les autres ne pouvaient pas le sentir comme lui –, montaient des relents du Côté Obscur. La source, au moins une des sources, de son inquiétude résidait ici. Et elle évoquait l’humanité dans sa pire expression.

Cette Obscurité avait quelque chose de familier et d’effrayant.

— Tu sais ce que c’est ? demanda Luke.

Baljos réexamina l’équipement. Le couvercle en transpacier avait été ouvert violemment, les charnières et le loquet arrachés. Les dispositifs qui enveloppaient le dormeur à la manière d’une isolation étaient éparpillés dans toute la pièce, comme les quatre droïds médicaux. Enfin, Luke pensait qu’ils avaient été quatre, au nombre de têtes visibles…

— Ça dépend s’il reste de la mémoire dans cette unité, répondit Baljos. La retrouver est plutôt du ressort de Bhindi. Mais s’il y en a, même si elle ne nous dit pas carrément « ithorien » ou « wampa », ou autre chose, je devrais pouvoir tirer des conclusions à partir des réglages et des enregistrements de signes de vie.

Mara avait passé la tête dans une autre pièce.

— Luke, ça devrait t’intéresser.

Elle lança quelque chose vers son mari.

A la manière dont l’objet volait, Luke le prit d’abord pour une sorte de bâton vong. Mais quand il atterrit à ses pieds, il s’avisa de son erreur. C’était un long corps couvert de fourrure avec des pattes qui se terminaient par des griffes pointues.

— Un ysalamiri, constata-t-il.

— Nos amis, dit Mara. Dans cette pièce, il y a des fragments de cages et des troncs d’arbres de Myrkr. Une galerie d’accès part vers des pièces similaires, aux sept autres coins de la salle. D’autres ysalamiris morts s’y trouvaient.

Les ysalamiris étaient des créatures reptiliennes originaires de la planète Myrkr. Des bêtes paisibles, qui se contentaient de vivre dans leurs arbres sans chercher querelle à quiconque. Mais une caractéristique leur conférait un attrait particulier : ils projetaient un flux qui repoussait la Force et la neutralisait. A une dizaine de mètres d’un ysalamiri, tous les effets de la Force étaient annihilés.

Quand on le savait, on pouvait se servir des petites bêtes pour dissimuler des choses aux Jedi, ou pour les capturer et leur ôter temporairement leurs pouvoirs.

— Tout ça est logique, dit Luke, car si cette salle et son contenu existaient depuis longtemps, j’aurais dû m’en apercevoir quand nous vivions sur Coruscant. Mais si elle était entourée d’ysalamiris dont les bulles anti-Force se chevauchaient, la présence dissimulée ici était voilée.

— A l’évidence, fit Face, cet être s’est réveillé, s’est libéré et a démoli les droïds. Avec sa seule force, comme vous avez pu remarquer puisqu’il n’y a pas de traces de brûlures sur les droïds ni sur le matériel de stase. Ailleurs dans le complexe, il a mis la main sur un sabre laser qui lui a permis de finir la besogne, à savoir détruire les droïds restants et les ysalamiris.

— Ça a pu se dérouler ainsi, admit Luke. Mais est-il sorti du complexe ? Les ysalamiris étant morts, nous le percevrions s’il était toujours là.

Quelques minutes plus tard, ils découvrirent la réponse.

 

Deux étages au-dessus, un niveau appelé maintenance, Tahiri désigna un local technique. Le panneau métallique qui aurait dû constituer le toit manquait. Les coins supérieurs des murs portaient des traces de brûlures.

— C’est le sommet d’un puits d’alimentation en eau et en air conditionné, expliqua Tahiri. On voit des tuyaux, mais il y a beaucoup d’espace libre. J’en ai escaladé un bon bout. On arrive à un orifice, dans le mur, à deux niveaux au-dessus de la salle à la boue rouge.

— Un orifice d’accès facile ? demanda Bhindi.

— Pas pour des gens normaux. Il est à une hauteur de cinq mètres dans un mur de dix mètres au total. Mais avec une échelle, on y arrive sans problème.

— Est-il très repérable ?

— Non, il s’ouvre sur le côté d’un entrepôt, rempli de plaques de revêtement pour les sols et les murs. Des choses terriblement utiles… Aucun signe de personne. Pourquoi ?

— Parce que, répondit Bhindi, en plus du mystère d’un « que-sais-je » mesurant trois mètres de haut, nous avons un complexe toujours alimenté en énergie et camouflé. Il est assez grand pour accueillir le quartier général de la première cellule de résistance que je vais organiser.

— Ce n’est pas une si bonne idée, dit Luke. Notre être mystérieux connaît l’endroit. Il pourrait revenir.

— Alors, nous obturerons l’ouverture par laquelle il est sorti et nous la protégerons des intrusions. (Bhindi regarda la Maître Jedi, l’air grave.) Je suppose que tu ne vas pas le laisser sévir sans rien faire, non ?

— J’espère que non.

Luke contempla le puits et ses tuyaux, dont on voyait seulement quelques mètres à la faible lueur de leurs lampes-torches.

— Il est très fort et très malfaisant. J’ignore si nous avons assez de ressources pour le combattre.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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